Pour réussir à être pilote, il faut un mix 3 choses:
- Des compétences de base (être équilibré, sympa, avoir du courage, de l’abnégation, de la maturité...)
- De l’argent (et la bonne gestion qui va avec)
- Des petits plus (de la chance, du réseau, un joli sourire, un QI de 170 pour les tests psy, être une fille, de l’aide familiale, pas d’enfants, une ténacité hors du commun et surtout de la chance...)
A savoir que les proportions du mix peuvent varier: les compétences de bases peuvent être remplacées par de l’argent (pay to fly), l’argent peut être remplacé par les petits plus (réussite aux cadets AF) et les compétences de bases peuvent aussi être remplacées par les petits plus (on a tous volé avec un mec dont on a aucune idée de comment il est arrivé là)
Parmi les compétences de base, il y a la faculté à avoir une bonne conscience de la situation. Ce qui n’est pas évident lorsque l’on regarde les médias ou que l’on suis les comptes Instagram/Facebook/Linkedin des pilotes influenceurs et des FTO. Pour calquer la méthode du TEM, voici une petite liste des « menaces » ou des « risques » qu’un aspirant pilote pourra avoir à faire face prochainement:
Les menaces:
- Des publicités alléchantes des FTO qui chercheront à sauver leur peau à tout prix.
- Moins de partenariats FTO/Compagnies et/ou des hold pools qui grossissent (même si ils font miroiter ces partenariats, rester en hold pool pendant 5 ans n’est pas idéal quand faut rembourser le prêt)
- Le risque de banqueroute des FTO: Risque à ne surtout pas négliger! Comme les Airlines, certaines FTO vont sombrer avec cette crise. Il sera difficile de le prédire. Donc il faut éviter à tout prix de faire un chèque de 80k€, même si le contrat suggère un remboursement en cas de problème.
- Des QT plus chères (moins de bond, plus de prise en charge perso)
- Le retour du pay to fly et une distorsion des chances à l’emploi. Même si vous en avez les moyens, je le déconseille sous peine d’avoir à vivre avec ça toute votre vie (c’est très mal vu dans la communauté pilote…). Mieux vaut attendre sa chance ou la provoquer, c’est plus fair play.
- Une concurrence accrue entre les postulants (principalement entre low timer qui ont des CV quasi identiques)
- « Choisir » le bon timing: historiquement les employeurs préfèrent embaucher quelqu’un tout frais sorti d’école plutôt que quelqu’un qui a terminé sa formation 5 ans auparavant. Ces derniers temps ils privilégiaient des gens sortis formation intégrée, mais la situation rend cette option très risquée à prendre. J’y reviendrai plus loin.
- Un blocage complet des recrutements (low timer) pendant 2 à 4 ans suivi d’une reprise qui paraitra lente car il y aura un excès de low timer sur le marché.
- Brexit et sortie de l’EASA -> moins d’emploi aux UK pour les européens. C’est difficile à chiffrer à cause de l’incertitude mais une chose est sûre, ça ne va pas dans le bon sens.
- Le lobby écologique est de plus en plus influent et pèsera sur la demande tôt ou tard.
- Certaines compagnies vont en profiter pour se restructurer et rendre plus productifs leurs pilotes (besoin de moins de pilotes pour un même nombre de vols)
- Des T&C dégradées: il faudra bien gérer le business plan. Prévoir qu’après une formation à 80k€ il faudra peut-être remettre 10k€ dans un FI, 30k€ dans une QT + des dépenses annexes (déplacements, logement, déménagement, commutions….) tout ça avec un salaire à 2500€/mois. C’est un exemple mais assez réaliste.
- Une précarisation de l’emploi. Beaucoup de contrats de pilotes hors major (et hors de France) n’ont pas de mutuelle, pas de retraite, pas de chômage. Les contrats à l’heure de vol vont progresser: un volcan qui tousse? Un crash inattendu? un événement climatique?Une attaque terroriste? Pas de vol = pas de salaire.
- Une saturation de l’emploi en aviation générale: d’une part les pro en inactivité reviendront faire de l’instruction générale, d’autre part les jeunes CPL/IR sur le carreau passeront une formation FI pour patienter.
- Les coûts de prorogation des licences lors de l’attente. Renseignez-vous sur les coûts de prorogation IR-ME.
- La force de rester « dans le coup » après plusieurs années en recherche d’emploi. Garder une activité aéro est important tout comme le moral et de l’argent pour vivre!
- La plupart des pilotes qui n’ont pas réussi ces dernières années ne s’en vantent pas (en général ils ont même tiré un trait sur l’aviation). Le risque est de n’avoir que des avis de ceux qui ont réussi, ce qui peut déformer la réalité.
- Allez jeter un oeil sur le groupe FB « European Airlines Pilots », pas mal d’histoires réelles et assez édifiantes sur la situation COVID19.
Les opportunités:
- Les avions coûtent chers s’ils restent au sol. Avec un pétrole pas cher, les compagnies vont préférer les faire voler quitte à casser les coûts et rogner sur les T&C (et même parfois les profits)
- L'aviation d'affaire et le cargo semblent moins touchés. C'est toujours autant de pilotes qui garderont leur emploi et ne seront pas à recaser!
- Je m’attends à ce que des lobbies de l’aérien deviennent plus puissants pour redonner ses lettres de noblesse à l’aviation attaquée injustement. Une autre façon de voir les choses, si les lobbies du train sont si agressifs envers l’aérien, c’est que la demande n’y est pas contrairement à l’aérien qui bénéficie d’une demande solide.
- Quelques pilotes vont partir en retraite anticipée, diminuant le nombre total de pilotes. Ça reste cependant modeste, beaucoup de compagnies vont avoir recours au temps partiel, gonflant artificiellement les effectifs.
- Certaines niches auront toujours une place pour des low timer (Bush Pilot en Indonésie payé au lance-pierre, cf. "business plan" plus haut...)
- L’Asie a structurellement besoin d’augmenter son trafic aérien dans les années à venir.
- Pour un vrai passionné, il n’y a pas plus beau métier.
Normalement le paragraphe « menaces » devrait se réduire à mesure que la crise se dissipera
Comme vous pouvez le voir le chemin vers le métier de pilote est semé d’embûches, particulièrement en ces temps de crise. Je pense qu’il est important d’en avoir conscience et de l’impact que ça peut avoir sur votre vie. Malgré tout, si vous sentez que vous avez les atouts (le bon mix) et la volonté, voici quelques conseils perso:
- On ne le dira jamais assez, mais privilégiez les filières gratuites que l’on a en France (EPL, cadets si ça existe encore, armée) . Ce sont des opportunités en or.
- A moins d’avoir un plan béton, je ne me lancerais pas dans une formation intégrée maintenant. La somme d’argent en jeu est trop importante et le risque d’en perdre une partie est bien réel. De plus vous risquez de vous retrouver sans perspective en fin de formation avec un prêt important à rembourser. Il serait bon d’avoir un peu plus de visibilité sur l’état de l’économie avant de se lancer dans ce type de formation.
- Sachez attendre, profitez-en pour travailler sur un plan B. Ça vous permettra de patienter que les embauches reviennent à un rythme normal, de sécuriser une rentrée financière une fois sur le marché du travail, et d’avoir un profil plus complet (un profil BAC+4/5 peut rassurer un recruteur par ex.). Vous pourrez également profiter de ce temps supplémentaire pour travaillez l’ATPL théo afin de le réussir du 1er coup (c’est un critère de recrutement de certaines compagnies), d’améliorer votre anglais et vos soft skills (important!).
- Je resterais sur la voix modulaire avec passage du PPL, de l’ATPL théo et mûrissement « intelligent » (en profiter pour faire des nav sympa, emmener des pros qui seront ravi de vous donner des leçons gratos, faire qq heures de voltige, passer une qualification montagne….). Ça vous permettra de travailler sur votre plan B en parallèle, et de ne pas prendre trop de risques financiers. Quand viendront les jours meilleurs, un CPL/IRME/MCC ne demanderont que quelques mois avant d’être prêt à postuler. Et vous serez frais pour des sélecs.
- Fermez votre compte Instagram…. (En généralisant, si vous souhaitez faire pilote pour les galons, l’argent et la reconnaissance, ce n’est pas le meilleur plan. Un développeur d’applis vegan qui a monté sa startup de co-bicyclage en tandem aura beaucoup plus de like dans la nouvelle époque)
J’espère ne pas avoir miné le moral de ceux qui ont réussi à lire jusque là…. Tous ces conseils sont personnels et dépendent évidemment de votre situation, le but est simplement d’apporter un peu de matière à votre réflexion. Il me semble avoir décrit la situation de façon honnête et réaliste, cependant on a tous des biais donc si d’autres pilotes pro ont des avis différents ou des choses à compléter, qu’ils n’hésitent pas.