Je viens de poser le 777 à CDG après 11 h 40 de vol retour de Los Angeles. Encore une fois, comme depuis 15 ans…
Franchement, ce métier est une vaste blague. Les mêmes plateaux business qui ont exactement le même goût depuis quinze ans. Ils sont même pas foutus de les changer.
J’ai 47 ans, presque 18 000 heures chez Air France. J’ai fait dix fois le tour de toutes les escales. New York, Los Angeles, Tokyo, Singapour, Johannesburg… j’ai chopé tout ce qui bougeait, hôtesses comme locales. Puis au bout de trois ans, tu te rends compte que c’est toujours la même chose en escale : soirées dans les mêmes hôtels 5 étoiles, avec les mêmes hôtesses, qui encaissent les années comme les 777 qui tournent en boucle.
Des copi qui se croient tout permis, qui passent 10 h à te raconter pourquoi ils ont acheté telle montre ou telle voiture…
Le niveau intellectuel des mecs au sol qui dégringole, des fois on comprend un mot sur deux…
Au bout de quinze ans, t’as tout vu, tout fait, tout goûté…
Je me suis mis à détester ce job. Enfin, je crois que je ne l’ai jamais aimé.
Tout est automatisé, tout est chiant, tout est réglé comme du papier à musique. Tu passes ta vie à attendre : attendre le push, attendre la croisière, attendre l’atterrissage, attendre la prochaine rotation. Et pendant ce temps-là, toi, tu fixes le plafond en attendant que Caroline, divorcée et fraîchement ménopausée, te demande si tu veux un sucre dans ton café.
Tout ça en se demandant pourquoi t’as claqué quinze ans de ta vie et une fortune en formation pour ça.
Au fond, je crois que j’étais mieux avant. Quand je bossais au sol, que je rentrais tous les soirs dans mon lit, sans faire semblant d’aimer ce tableau de bord qui vole tout seul.
Mais bon… moi je suis là, « bien » payé pour m’emmerder royalement en altitude. J’accepte mon sort.
Quelle belle vie de merde.