Salut,
Winglets a écrit :OPL 320, j'aimerais bien comprendre comment se passent les transferts du controle en route à l'approche,
Avez vous des "contrats" : genre avions espacés de 10Nm à 250 kts ?
Est-ce que ces "contrats" sont fixes (car reglementaires par ex.) ou sont-ils revus plusieurs fois dans la journée en fonction des plages d'arrivées pour être levés s'ils ne sont plus nécessaire ?
Oui, on a des contrats, qu'on trouve dans les lettres d'accord signées entre les deux organismes de contrôle concernés. Globalement, le contrat standard, c'est un espacement de 10 Nm entre deux avions, avec des vitesses compatibles (soit bloquées mini/maxi, soit la même vitesse, soit rien du tout parce qu'au niveau perfos avions, c'est juste impossible qu'ils se rattrapent)
Par contre, le coup des 250 kts ou pas, ça doit dépendre des centres. Je bosse à Brest, il est assez rare qu'on impose une vitesse sauf sur demande du centre suivant (en gros : Paris en ce qui nous concerne) ; et on n'a pas vraiment de "grosse" approche (je n'ai rien contre Nantes et Rennes, mais on n'a pas vraiment des séquencements de malade à leur faire

; comparé à Lyon par exemple)
Winglets a écrit :En fait l'exemple qui est parfois surprenant du point de vue pilote, c'est une descente avec réduction à 250 kts, (genre 250kts et FL140 à LORTA) pour que lors du transfert avec l'arrivée dans la foulée, on soit finalement autorisés à garder la vitesse. (donc reprendre 300kts)
Là, le problème pour vous, c'est qu'il n'y pas de coordination systématique entre les 2 contrôleurs concernés à chaque vol (heureusement, sinon, on passerait notre temps au téléphone) ; du coup le contrôleur n°1 (en-route) fait en sorte de respecter son contrat en mettant 10 Nm entre ses avions, en imposant des vitesses pour que les 10 Nm ne se transforment pas finalement en 8 Nm, tout ça... Mais lui-même a une vision partielle du trafic ; il ne connait réellement que les avions qu'il gère (même si, sur le radar, on voit les vols qui passent à côté de notre secteur aussi, mais on ne sait pas forcément qui ils sont, où ils vont, etc... Et puis bon, tu t'occupes de ton secteur, pas trop de celui d'à côté !)
Du coup, le contrôleur n°2 (approche), lui, reçoit son "petit train" d'avions à à peu près 10 Nm les uns des autres, mais le truc c'est que d'une part, sa norme de séparation (donc la distance mini à respecter entre 2 avions) n'est pas forcément la même que celle de l'en-route (ex : 5 Nm en-route, 3 Nm dans certaines approches... Ca dépend de l'origine des informations radar, notamment de l'emploi ou non de radars primaires) ; et que d'autre part, il a un autre flux d'avions à intégrer avec celui que lui a envoyé le contrôleur n°1.
C'est une des raisons pour laquelle au premier contact, la restriction de vitesse peut être levée (Dans le sens approche -> en-route, par exemple ; il arrive fréquemment que Paris nous envoie des avions sur le même point, régulés en vitesse, tout ça ; et en fait leurs routes divergent très rapidement, d'où l'obtention de "Direct machin et vitesse libre"... Mais une fois de plus, on ne peut pas coordonner chaque vol lorsqu'il y a pas mal de choses à faire)
Winglets a écrit :Je préfère "descendez à convenance FL100 pour être stable à OMAKO avec 250Kts", ou "descendez FL100 maintenant cause traffic" plutot qu'un "descendez FL100" alors que la descente optimale est prévue dans une vingtaine de nautiques...
Après, le souci c'est qu'il y a certains pilotes qui ne jouent pas le jeu (c'est pas du tout une généralité, mais certains exemples un peu casse-pieds, qui font que tu es obligé de surveiller en permanence si le contrat va être respecté ou pas) : tu donnes le contrat "descendez FL 260 pour être stable à XXXXX", et tu te rends compte que finalement, à XXXXX, le charmant pilote est toujours au FL300, en descente...

De ce fait, il se retrouve en face-à-face avec les décollages de Paris ; tu te fais engueuler par Paris parce qu'il n'est pas stable ; la situation est pas confortable parce que les vitesses de rapprochement sont quand même élevées, etc... Et en plus, tu le transfères vite en fréquence à Paris pour qu'au moins, les 2 avions en situation conflictuelle soient sur la même fréquence
Du coup, au bout de quelques fois à se retrouver dans ce genre de situation, le contrat va se transformer en "Descendez FL 260 pour être stable 10 Nm avant XXXXX"... Juste pour se ménager une marge.
Ou alors tu demandes de descendre cause trafic, et tu tombes sur le pilote qui veut contrôler au TCAS, et qui te demande plein d'infos de trafic pour savoir où il est le mec qui l'oblige à descendre, parce que bon, voilà quoi ; et "ah mais il est super loin alors" (Ben oui mais 30 Nm en face-à-face, ça se réduit vite ^^), du coup qui prend un vario ridicule, etc...
Mais bon, qu'on ne se méprenne pas, dans 95% des cas, ça se passe bien quand même
Winglets a écrit :Maintenant je comprends complètement qu'on a pas du tout la vue d'ensemble que vous avez, et que l'encombrement des fréquences fait qu'il est parfois un peu difficile de tout justifier
Aussi ! Ca prend du temps de dire tout ça

(et d'écouter le bon collationnement ^^)