Puisqu'un petit schéma vaut mieux qu'un long discours, voici ce qui se passe:
L'inflation, lissée pour être plus lisible, est en rouge. Elle représente environ 6% entre 2011 et 2018.
Les grilles, elles, ont été gelées en 2011 avec l'accord des salariés pour aider la boîte lorsqu'elle était au plus mal. Elles se sont donc dévaluées avec l'inflation.
L'argent représenté par l'aire jaune n'est pas réclamé, c'est ce que les salariés ont consenti à sacrifier.
Maintenant que les résultats sont meilleurs, les salariés veulent revenir sur la courbe antérieure afin de retrouver leurs grilles salariales. C'est pour ça que je préfère le terme de rattrapage à celui d'augmentation.
D'aucuns pensent que ce n'est pas raisonnable, notre résultat net étant bien inférieur à celui de nos concurrents. Ça n'engage que moi, mais je vois, en plus de la gestion politicienne et à court terme de l'équipe Juniac/Gagey/Parly, un système de vases communicants visant à récupérer les sous économisés sur le dos des salariés pour satisfaire l'appétit de l'état à travers diverses taxes et redevances, bien plus légères à l'étranger que chez nous. D'autre part, le choix d'un important désendettement, s'il est sain du point de vue financier, tend à masquer les résultats exceptionnels de l'entreprise.
Sur mon magnifique schéma fait sous paint, si le rattrapage de l'inflation n'a pas lieu, la perte de rémunération sera pérennisée jusqu'à la fin de nos carrières, donc bien au-delà de la période de vaches maigres pour laquelle les efforts ont été consentis.
Cerise sur le gâteau, l'"augmentation" généreusement offerte par la direction cette année représente 0,55%. L'inflation atteindra possiblement le triple. L'accepter en l'état, c'est accepter la dévaluation de notre travail à tous.
Pour revenir à nos collègues mécanos, j'ai du mal à imaginer que l'augmentation qu'ils réclament coûte aussi cher que les affrètements dans des avions pourris avec l'impact que ça a sur notre clientèle. Et encore une fois, c'est sans pouvoir chiffrer la dégradation de la sécurité de nos vols, privés de maintenance. Pour réfléchir froidement, combien coûterait à nos chers financiers un accident lié au défaut de maintenance de nos machines?
En ce qui concerne l'intersyndicale, nous sommes peu nombreux à la soutenir, de nombreux différends politiques ayant éloigné les syndicats corporatistes des grandes centrales. Mais, sans m'imaginer qu'on va tous se donner la main autour de la Terre en chantant Kumbaya, je me réjouis de voir, pour une fois, les salariés d'Air France à peu près unis pour une cause qui me semble juste.