4T60A a écrit :Dubble a écrit :
Même débat, autre argument : c'est heureux d'avoir 2800€ dans un métier qui a un gros taux de chômage.
C'est combien, d'ailleurs, le taux de chômage des pilotes ?
Non, ce n'est pas heureux.

Je sais bien que tout est conditionné par l'offre et la demande, le capitalisme et la loi du marché sont sans doute le système le moins pire que l'humain ait inventé jusqu'ici.
Mais un salaire de 2800€, au vu de l'investissement auquel le plus grand nombre doit consentir (ceux qui n'ont pas eu la chance comme moi d'avoir pu suivre une filière gratuite, civile ou militaire), et au vu des responsabilités liées au métier, cela me semble inacceptable.
2800€, c'est le salaire d'un chauffeur de bus ou de métro sénior à la RATP.... Je ne veux nullement dénigrer ces métiers ô combien nécessaires, je veux juste dire que les responsabilités ne sont pas les mêmes.
Tant que les FTO continueront de vendre du rêve et de former plus de pilotes, futurs endettés et chômeurs, que ce dont l'industrie a besoin, il n'y a pas de raison que ça change.
M'enfin, ce n'est que l'avis d'un vieux c** dont l'essentiel de la carrière est derrière lui...

Si on peut en parler de manière apaisée :
En gros je suis d'accord avec Globetrotteur.
Oui c'est clair que du point de vue du salarié tu veux toujours plus. Je suis le premier à me plaindre d'avoir un salaire trop faible (je gagne environ autant qu'un vigile qui fait quelques heures sup, ou qu'un élève ICNA en 3A, mais c'est plus marrant de dire vigile...).
Mais à mon avis, comme j'avais essayé de l'exprimer un autre jour sur un topic comme ça, c'est simplement qu'on a de moins en moins besoin de travailleurs. L'automatisation aidant, on a plus besoin de beaucoup d'ouvriers (Chez Renault, avec un ouvrier ils font six fois plus de voitures en 2015 que en 1975), de caissières, bientôt on aura plus de chauffeurs de taxi.. Du coup les personnes qui se formaient sur ces métiers se forment désormais sur des métiers plus qualifiés. Cf le % de bacheliers/licenciés/masters dans une génération en constante augmentation.
Résultat : le taux de chômage sur les professions qualifiées explose lui aussi. Même si pour l'instant ça reste une situation acceptable (les jeunes diplômés doivent chercher 4-5 mois au lieu d'être appelés avant leur sortie d'école comme c'était le cas par le passé)
Juste pour mettre les choses en perspective, un ingénieur c'est 5 ans de formation, ça coute à l'état (et un petit peu l'élève) à peu près 75k€ en frais de formation, ça coute à l'élève minimum 40k€ en frais de vie, et les salaires de début s'échelonnent entre 25 et 40k€, soit 1600 à 2500€.
La seule raison pour laquelle l'état paie énormément de formations d'ingénieur et très peu de formations de pilote, c'est le taux de chômage à la sortie. Mais les salaires des ingénieurs ont dramatiquement baissé sur les dernières décennies. Evidemment à l'époque où l'on manquait d'ingénieurs, de pilotes, et autres métiers qualifiés, ceux-ci étaient payés une fortune.
Aujourd'hui on a trop de gens qualifiés, trop de travailleurs tout court, donc baisse généralisée des salaires.
C'est mécanique.
Du coup, un métier à 20% de chômage aussi bien payé (2800€ ici, 5200€ chez EZY, 7000€ chez AF les bons mois...) c'est vraiment surprenant.
Globetrotteur a écrit :
Et qui a entre temps oublié une chose essentielle. Le salaire ne rétribué pas la responsabilité mais la compétence.
C'est à dire que c'est le montant minimal nécessaire à attirer la compétence recherchée, et la garder.
Il n'est donc pas intrinsèque au poste, mais entièrement fonction du contexte.
Et le contexte actuel n'est clairement pas favorable aux Frozen ATPL. :/
Une interprétation du salaire qui m'a plu c'est que le salaire est une assurance payée par l'employeur pour avoir un employé qui fait le job. (elle se rapproche de la tienne en fait)
Ca implique deux choses :
- Quel est le risque qu'un employé puisse partir ailleurs ? Cette condition fait qu'une entreprise devrait augmenter son salaire jusqu'au salaire de marché
- Quelle est la gravité associée au départ d'un employé : peut-on le remplacer rapidement ? Si une entreprise peut remplacer instantanément un salarié (sans avoir besoin de huit mois de formation sur le poste) elle n'aura aucun souci à avoir un turnover énorme, 25 à 35% dans certaines boites que j'ai vues.
Dans le cas des pilotes, on a un salaire de marché qui n'est pas énorme, mais surtout il y a une armée de chômeurs prêts à commencer le job avec une période de formation (AEL) relativement courte. Je dis bien relativement...
Les responsabilités n'ont rien à voir dans le salaire. En tout cas il me semble qu'un chauffeur de bus voit son salaire indépendant du remplissage de son bus (et donc du nombre de vies qu'il risque..), voire son salaire est décorrélé de la taille de son bus.
Idem pour un "opérateur service rapide" chez Norauto payé au smic, alors que s'il remonte mal une roue ou un circuit de freinage, il peut causer indirectement un carambolage sur autoroute.