Désolé, j'ai sûrement l'air d'un gros newbie hystérique qui ne se pose pas les bonnes questions, mais il fallait que je crache le morceau un jour, ça me démangeai trop, je n'arrive pas à être pleinement serein quand je prends l'avion.
C'est normal. C'est même rassurant, d'un certain côté : tu es conscient des risques, tu restes attentif au moindre symptôme inhabituel, tu n'auras pas tendance à minimiser des signes avant-coureurs le jour où tu les rencontreras.
Notre activité présente des risques incontestables, mais il existe plein de moyens de les minimiser : l'entraînement, la connaissance technique, les précautions en vol, le seuil de décision.
- l'entraînement : habitue-toi à la panne, tout le temps, n'importe où, avec ton instructeur. Prend des repères, connais ton avion et ses angles de plané, apprends l'utilisation de la glissade. Evite de le faire tout seul. Connais tes checklists d'urgence, et briefe systématiquement la procédure à appliquer en cas de problème moteur : mixture plein riche, réchauffage carbu, pompe ON, changement de réservoir, magnétos... à adapter selon ton avion. Tes yeux et tes mains doivent aller chercher automatiquement les actions à faire en cas de panne.
- la connaissance technique : comment fonctionne un moteur, comment est conçu le circuit carburant de ton avion. Qu'est ce qui se passe si tel ou tel élément fonctionne mal... comment ça se manifeste. Une fois le manuel de vol de ton avion défriché, tu peux parler des symptômes avec ton instructeur et le mécanicien de ton club : une bougie encrassée, une bougie qui perle, une pompe mécanique ou une magnéto qui lâche, une pompe de reprise défaillante, une mise à l'air libre qui se bouche, un robinet carburant qui se détraque, un début de givrage carbu, .... comment et pourquoi ça se manifeste, comment ça se détecte, comment ça se traite ? Un moteur, pour beaucoup d'élèves, c'est un truc un peu magique qui tourne par miracle et dans lequel on se fie corps et âme parce qu'on n'a pas trop le choix. Mais commençons par la base : quelle est la procédure de démarrage moteur chaud ? moteur noyé ? pourquoi ? quand tu pourras répondre à tout ça, tu seras déjà bien rassuré car tu comprendras beaucoup mieux le fonctionnement de ton moteur... et tu sauras résoudre des problèmes minimes qui peuvent parfois paraître comme des défauts majeurs à première vue.
- les précautions en vol : sur ton terrain de base, tu dois connaître tes options les plus adaptées en cas de panne au décollage. Le champ à droite, ou le champ à gauche ? C'est pas au moment de la panne qu'il faut y réfléchir. Ensuite, tu dois toujours avoir une idée d'où vient le vent. C'est utile pour gérer ton vol, mais aussi en cas de panne. Lors des navigations, demande-toi où tu te poserais en cas de panne moteur, où tu te dérouterais en cas de symptôme inquiétant. Ca t'incitera peut-être à éviter le survol de forêts quand tu peux, au prix d'un petit détour, rester à portée d'un champ... ou à t'habituer à monter en niveau de vol lors de navigations un peu plus longues. J'ai toujours été surpris par le nombre de pilotes qui volent à "basse altitude", en-dessous de 5000 pieds, sur de longs trajets. Y'a plein de zones et ça laisse beaucoup moins d'options en cas de panne. Quand vous pouvez, montez !
- le seuil de décision. C'est sans doute le moins facile. C'est ce qui fait que pour un symptôme donné, vous allez décider de continuer, ou de vous dérouter. Souvent, c'est un choix cornélien du style "j'ai l'impression d'entendre un bruit inhabituel dans le moteur, mais je suis pas sûr... et j'ai 2 passagers à qui j'ai promis une balade sympa... c'est sûrement pas grand chose, et si je me déroute pour rien, je vais passer pour un con, mes passagers vont se dire que je suis mauvais, et je vais me faire engueuler par le club... bon allez, je m'imagine sûrement des trucs, c'est rien ! il vole bien cet avion d'habitude". Je ne dirai qu'une chose : au moindre doute, annulez le vol ou déroutez-vous. Il n'y a pas de place pour le doute, quand bien même il n'y aurait aucun problème réel sur l'avion : si vous avez un doute, ça justifie de se poser. Vous êtes commandant de bord, et personne d'autre. Aucun responsable d'une structure aéronautique ne vous le reprochera jamais, sauf à être complètement inconscient. Et par expérience, je vous garantis qu'aucun passager ne vous le reprochera non plus, bien au contraire. Si vous avez une boule dans le ventre en montant dans l'avion, arrêtez tout de suite et tournez-vous vers un instructeur : entraînement aux pannes, voltige aérienne, vol à voile, tout ce qui vous permettra de reprendre confiance dans la sécurité d'un avion, en compagnie de quelqu'un d'expérimenté.
L'expérience te fera appréhender le problème différemment, mais il ne disparaîtra pas. Je vole tous les jours sur l'océan, et après 2000h de monomoteur au-dessus de la flotte, une panne moteur en vol, quelques déroutements cause technique, beaucoup d'annulations de vol entre le parking et la piste... je garde toujours, en permanence et quelles que soient les circonstances, une oreille très attentive au bruit du moteur, et je t'encourage à en faire de même, sans chercher à minimiser un ressenti inhabituel. C'est ton assurance-vie. Et attention à la surconfiance : avec l'expérience, le fait de bien maîtriser ton sujet t'incitera forcément à repousser certaines limites, parfois un peu au-delà du raisonnable...
Bons vols !